Durabilité et classes d'emploi du bois : choisir le bon bois pour le bon usage
Dossier – Filière bois (construction & aménagement)
Un bardage qui pourrit au bout de cinq ans, une terrasse qui se fissure, un escalier extérieur qui blanchit prématurément : ces désordres ont souvent la même cause. Un bois choisi sans tenir compte de sa classe d'emploi. Ce système de classification, défini par la norme européenne NF EN 335, permet de faire correspondre les propriétés d'un bois avec les conditions auxquelles il sera exposé — humidité, contact avec le sol, intempéries. C'est l'un des repères les plus concrets pour faire le bon choix au bon endroit.
À retenir (en 30 secondes)
• Les 5 classes d'emploi (CE1 à CE5) définissent le niveau d'exposition à l'humidité auquel un bois sera soumis, de l'intérieur sec à l'immersion en eau salée. [1]
• La durabilité naturelle d'un bois (norme EN 350) mesure sa résistance intrinsèque aux champignons et insectes — sans aucun traitement. [2]
• Quand la durabilité naturelle est insuffisante pour la classe d'emploi visée, un traitement de préservation (autoclave, thermochauffage) permet d'atteindre la classe requise.
• La durabilité naturelle ne concerne que le duramen (bois de cœur) — l'aubier est par définition non durable, quelle que soit l'essence. [1]
Qu'est-ce qu'une classe d'emploi ?
La classe d'emploi n'évalue pas la qualité du bois en soi — elle décrit la situation dans laquelle il va être utilisé. Plus précisément, elle définit le niveau d'exposition à l'humidité et aux agents biologiques (champignons, insectes, termites) auquel le bois sera soumis pendant toute sa durée de vie. C'est l'environnement qui détermine la classe d'emploi requise, pas le bois lui-même.
La norme NF EN 335 définit cinq classes d'emploi, chacune correspondant à une situation de mise en œuvre spécifique. [1]
Classe d'emploi 1 (CE1) — Intérieur sec, toujours à l'abri de l'humidité. Le bois reste en permanence sec, avec une teneur en eau inférieure à 20 %. Les risques biologiques sont quasi nuls. Exemples : charpente protégée, ossature intérieure, lambris, parquet, escaliers intérieurs, mobilier. Essences sans exigence de durabilité particulière : épicéa, sapin, pin non traité.
Classe d'emploi 2 (CE2) — Intérieur, avec risque ponctuel d'humidité. Le bois est généralement sec mais peut subir des humidifications passagères dépassant 20 % — condensation, jonction avec l'extérieur, menuiserie en tableau. Exemples : fenêtres intérieures, portes d'entrée côté intérieur, pièces humides. Les essences de CE1 conviennent avec une mise en œuvre soignée, ou un traitement léger en prévention.
Classe d'emploi 3 (CE3) — Extérieur, exposition aux intempéries, sans contact avec le sol. C'est la classe la plus courante en aménagement extérieur. Le bois est exposé à la pluie et aux UV mais peut sécher librement entre deux humidifications. On distingue deux sous-classes : CE3a (humidification fréquente mais séchage rapide) et CE3b (humidification fréquente avec séchage plus lent, notamment les parties horizontales). Exemples : bardages, volets, pergolas, menuiseries extérieures, escaliers extérieurs non couverts. Essences adaptées en durabilité naturelle : douglas (duramen), mélèze, châtaignier, chêne. Pin sylvestre ou épicéa traité autoclave classe 3.
Classe d'emploi 4 (CE4) — Extérieur, contact permanent avec le sol ou l'eau douce. Le bois est soumis à une humidité quasi permanente. Les risques de dégradation par champignons sont élevés. Exemples : poteaux de clôture, traverses, pilotis, pièces de structure enterrées, pontons, bois en contact avec le sol. Essences adaptées : robinier (durabilité naturelle élevée), teck, azobé — ou pin traité autoclave classe 4.
Classe d'emploi 5 (CE5) — Immersion permanente en eau salée. Usage maritime — pilotis, ouvrages côtiers, structures immergées en mer. Les risques incluent les organismes marins xylophages (tarets, lymnories). Cette classe concerne très peu les usages résidentiels courants.
La durabilité naturelle : ce que l'essence apporte sans traitement
La durabilité naturelle est une propriété intrinsèque à chaque essence de bois. Elle mesure la résistance du duramen (bois de cœur) aux champignons lignivores, sans aucun traitement chimique ou thermique. Elle est classifiée par la norme NF EN 350, qui définit cinq niveaux de durabilité vis-à-vis des champignons. [2]
- Classe 1 — Très durable : résistance supérieure à 25 ans en contact avec le sol. Robinier, teck, ipé, azobé.
- Classe 2 — Durable : chêne, châtaignier. Excellents choix pour l'extérieur exigeant.
- Classe 3 — Moyennement durable : douglas (duramen), mélèze. Adaptés à CE3 sans traitement si le duramen est bien sélectionné.
- Classe 4 — Peu durable : pin maritime (duramen). Nécessite un traitement pour les usages extérieurs.
- Classe 5 — Non durable : épicéa, sapin, pin sylvestre, aubier de toutes essences. Usage extérieur uniquement avec traitement adapté.
Un point fondamental souvent mal compris : la durabilité naturelle ne concerne que le duramen — le bois de cœur, dense et riche en substances protectrices naturelles comme les tanins et les huiles. L'aubier (zone périphérique, entre le duramen et l'écorce) est non durable par définition, quelle que soit l'essence. Un douglas ou un chêne dont l'aubier n'a pas été purgé lors du sciage n'offrira pas la durabilité attendue pour un usage extérieur. [1]
C'est pourquoi la sélection du bois chez un fournisseur sérieux inclut le contrôle de la proportion d'aubier, notamment pour les produits destinés à la classe d'emploi 3 et au-delà.
Durabilité naturelle et classe d'emploi : deux référentiels complémentaires
Ces deux notions sont souvent confondues, alors qu'elles répondent à deux questions différentes.
La classe de durabilité naturelle (EN 350) décrit ce que l'essence peut faire sans aide : à quelle exposition peut-elle résister par elle-même ? C'est une propriété intrinsèque, fixe pour chaque essence.
La classe d'emploi (EN 335) décrit ce que l'environnement va imposer au bois : quelle sera l'exposition réelle en service ? C'est une donnée liée au projet, pas au matériau.
Le choix juste consiste à vérifier que la durabilité naturelle de l'essence correspond à la classe d'emploi requise par le projet — ou à compenser par un traitement si ce n'est pas le cas. [2]
Exemple concret : un bardage de façade exposé aux intempéries en classe d'emploi 3. Le douglas (duramen, classe de durabilité 3) convient sans traitement. L'épicéa (classe de durabilité 5) nécessite un traitement autoclave classe 3 pour le même usage. Le résultat en mise en œuvre peut être identique — mais le chemin pour y arriver est différent, et le coût aussi.
Les traitements de préservation : autoclave et thermochauffage
Quand la durabilité naturelle d'une essence est insuffisante pour la classe d'emploi visée, un traitement de préservation permet d'atteindre la classe requise. Deux procédés dominent le marché.
Le traitement autoclave consiste à imprégner le bois sous vide et pression avec des produits biocides (sels de cuivre, le plus souvent). Les produits pénètrent en profondeur dans les cellules du bois, conférant une résistance aux champignons et aux insectes. Le traitement est classé selon la rétention de produit actif dans le bois : classe 3 (extérieur sans contact sol) ou classe 4 (contact sol ou eau). Le pin sylvestre traité autoclave est la solution la plus économique pour les usages extérieurs en CE3 et CE4. [3]
Le traitement thermochauffant (ou thermo-modification) modifie la structure chimique du bois par chauffage à haute température (160 à 240 °C) en atmosphère contrôlée, sans produits chimiques. Les sucres du bois (hémicellulose) sont dégradés, ce qui rend le matériau inappétent pour les champignons et les insectes. Le bois thermotraité gagne en stabilité dimensionnelle et en durabilité naturelle — un épicéa thermotraité peut atteindre une durabilité équivalente à la classe 3. En contrepartie, il devient légèrement plus fragile mécaniquement et sa teinte vire au brun chocolat. [3]
Application concrète : quel bois pour quel usage chez WoodUp ?
Voici comment ces classes se traduisent dans les usages les plus courants :
- Escaliers intérieurs (CE1) : épicéa, pin, hêtre, chêne. La durabilité naturelle n'est pas le critère prioritaire — c'est la résistance à l'abrasion et l'aspect visuel qui priment. Voir les escaliers bois WoodUp, escaliers quart tournant, escaliers gain de place.
- Panneaux et aménagement intérieur (CE1) : les panneaux bois sont généralement classés CE1. La classe d'emploi est déterminée par la norme EN 636 pour les contreplaqués (type 1 pour milieu sec, type 2 pour milieu humide).
- Bardage extérieur (CE3) : douglas duramen, mélèze, red cedar sans traitement — pin sylvestre ou épicéa traité autoclave classe 3 pour une solution plus économique. Une bonne ventilation de la lame d'air est indispensable pour rester en CE3a et non CE3b.
- Terrasse extérieure (CE3b à CE4) : les parties horizontales retiennent l'eau plus longtemps. Robinier, ipé, bangkirai (durabilité naturelle élevée) — ou pin traité autoclave classe 4 pour les solutions économiques. Les lambourdes de terrasse doivent être dimensionnées pour la même classe d'emploi que les lames.
- Poteaux et structures extérieures (CE4) : contact possible avec l'humidité stagnante. Pin traité autoclave classe 4, robinier ou chêne. Les poteaux bois en structure extérieure doivent systématiquement être vérifiés sur leur classe de traitement.
Conclusion : la durabilité, ça se choisit avant de poser
La classe d'emploi est l'un des critères les plus simples à vérifier avant un achat de bois — et l'un des plus souvent négligés. Un bois bien choisi dure plusieurs décennies sans désordre. Un bois mal choisi commence à poser problème en quelques années, parfois sans que le lien avec l'essence ou le traitement soit immédiatement évident.
Ce sujet est directement lié à notre article sur bois structurel et bois d'aménagement — parce que le bon choix d'un bois, c'est toujours le croisement de plusieurs critères : résistance mécanique, aspect, et durabilité selon l'exposition. Et pour les essences disponibles en France et leurs profils de durabilité, notre article sur les essences de bois utilisées en construction propose un panorama complet.
Sources
[1] Norme NF EN 335 — Durabilité du bois et des matériaux à base de bois. Définition des 5 classes d'emploi selon l'exposition à l'humidité et aux agents biologiques. Principe du duramen durable vs aubier non durable. FCBA — Fiche "Bien comprendre les classes d'emploi et la préservation des bois". fcba.fr
[2] Norme NF EN 350 — Durabilité naturelle du bois et des matériaux à base de bois. Classification des essences en 5 classes de durabilité vis-à-vis des champignons (1 : très durable à 5 : non durable). architecturebois.fr
[3] FCBA / CTB-B+ — Traitement autoclave des bois : classes de rétention, usages autorisés par classe. Thermochauffage : principe, effets sur la durabilité et les propriétés mécaniques. expert-charpente.com
[4] France Bois 2024 — Fiche pédagogique "Les classes d'emploi et la durabilité du bois". Correspondances entre durabilité naturelle (EN 350) et classes d'emploi (EN 335). francebois2024.com
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