Le bois et le stockage du carbone dans la construction
Dossier – Filière bois (construction & aménagement)
Le bois et le stockage du carbone dans la construction
Le bois est le seul matériau de construction courant qui stocke du carbone. Là où la fabrication du béton ou de l'acier émet des gaz à effet de serre, le bois en a déjà capté pendant la croissance de l'arbre. Cette propriété, longtemps sous-estimée dans les bilans carbone du bâtiment, est désormais au cœur de la réglementation environnementale RE2020 et de la stratégie nationale bas-carbone de la France.
À retenir (en 30 secondes)
• 1 tonne de bois sec contient environ 500 kg de carbone, soit 1,83 tonne de CO₂ stockée. [1]
• Les forêts françaises stockent 1 300 millions de tonnes de carbone dans leur biomasse ligneuse, soit 82 tonnes par hectare en moyenne. [2]
• La RE2020 valorise ce stockage via l'indicateur Stock C, intégré positivement dans le calcul de l'impact carbone de la construction. [3]
• Le puits de carbone forestier français ralentit sous l'effet du changement climatique : 39 MtCO₂/an absorbées en 2015-2023, contre 63 MtCO₂/an sur 2005-2013. [2]
Le bois stocke le carbone : comprendre le mécanisme
Lors de sa croissance, un arbre capte le CO₂ atmosphérique par photosynthèse et l'incorpore dans sa biomasse sous forme de carbone organique. Ce carbone reste piégé dans le bois aussi longtemps que le matériau n'est pas brûlé ou dégradé. Lorsqu'un arbre est abattu et transformé en poutre, en panneau ou en escalier, ce carbone demeure stocké dans le produit pendant toute sa durée de vie.
C'est ce que l'on appelle le carbone biogénique : un carbone d'origine biologique, issu du cycle naturel de la photosynthèse, distinct du carbone fossile libéré par la combustion des énergies fossiles. La teneur en carbone du bois est remarquablement stable quelle que soit l'essence : 1 tonne de bois sec contient environ 500 kg de carbone, soit 1,83 tonne équivalent CO₂ stockée. [1] Un poteau ou une poutre en bois de charpente de 100 kg retient ainsi quelque 50 kg de carbone hors de l'atmosphère pendant toute sa durée de service.
Le bilan carbone du bois en construction repose sur deux mécanismes distincts, souvent confondus :
- Le stockage : le carbone biogénique est immobilisé dans la structure du bâtiment pendant des décennies. C'est l'effet direct et quantifiable dans les calculs de l'ACV (Analyse du Cycle de Vie).
- La substitution : utiliser du bois à la place du béton, de l'acier ou du plastique permet d'éviter les émissions liées à la fabrication de ces matériaux à forte intensité carbone. Cet effet de substitution est estimé à plusieurs centaines de kg de CO₂ évités par m³ de bois utilisé, selon les études FCBA. [4]
La forêt française : un stock de carbone sous pression
Les forêts françaises couvrent aujourd'hui 17,6 millions d'hectares, soit 32 % du territoire hexagonal et corse — contre 10 millions d'hectares il y a un siècle. Après les océans, les forêts sont le deuxième plus grand puits de carbone à l'échelle planétaire.
L'Inventaire forestier national (IFN) publié par l'IGN en 2025 dénombre 11,3 milliards d'arbres en France métropolitaine, représentant un stock de 1 300 millions de tonnes de carbone. Chaque hectare de forêt contient en moyenne 82 tonnes de carbone dans ses arbres vivants, contre 73 tonnes en 2009, soit une hausse de 21 % en quinze ans. [2]
Cependant, la capacité d'absorption annuelle des forêts françaises s'érode sous l'effet du changement climatique. Sur la période 2015-2023, les forêts métropolitaines ont absorbé en moyenne 39 millions de tonnes de CO₂ par an, contre 63 MtCO₂/an sur la période 2005-2013 — soit une chute de 38 %. [2] Ce ralentissement s'explique par la hausse de la mortalité des arbres, la multiplication des sécheresses et des crises sanitaires (scolytes, chalarose, châtaignier).
Pourquoi ce contexte est important pour la construction bois : le bois en construction prolonge le stockage du carbone forestier au-delà de la forêt, en l'immobilisant dans les bâtiments pour plusieurs décennies. C'est une forme de relais du puits de carbone forestier.
Un bois récolté durablement, transformé en produit à longue durée de vie (charpente, escalier, panneau), maintient son carbone hors de l'atmosphère bien au-delà de la durée de vie de l'arbre en forêt.
Du bois en forêt au bois dans le bâtiment : la cascade d'usages
Le carbone ne reste pas figé en forêt. Il circule tout au long de la chaîne de transformation du bois — un sujet développé dans notre article Comprendre la filière bois : de la forêt à la construction.
Lorsqu'un arbre est récolté, son carbone se répartit entre plusieurs flux :
- Le bois d'œuvre — charpentes, planchers, escaliers, menuiseries — constitue le flux à longue durée de vie. Le carbone y est stocké pendant 50 à 100 ans.
- Les produits dérivés — panneaux, bois d'industrie — ont des durées de vie variables, de quelques années à plusieurs décennies.
- La biomasse énergie — écorces, chutes, bois en fin de vie — libère le carbone stocké lors de la combustion, mais remplace des énergies fossiles, générant un effet de substitution énergétique.
C'est pourquoi la filière forêt-bois raisonne en termes de cascade d'usages : utiliser le bois en priorité pour les applications à longue durée de vie (construction, ameublement), puis valoriser les sous-produits et les bois en fin de vie pour l'énergie. Cette hiérarchie maximise le temps de séjour du carbone hors de l'atmosphère.
Comment la RE2020 valorise le stockage de carbone du bois
La RE2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2022 pour les logements neufs, constitue un tournant réglementaire majeur pour le bois en construction. Pour la première fois, la réglementation française intègre une Analyse du Cycle de Vie (ACV) dynamique qui valorise positivement le carbone biogénique stocké dans les matériaux. [3]
La RE2020 introduit un indicateur informatif spécifique : l'indicateur Stock C, exprimé en kg de carbone par m² de surface. Intégré dans le calcul de l'Ic construction via l'ACV dynamique, il comptabilise le carbone biogénique stocké dans les modules A1-A3 (fabrication du produit) comme une émission négative dans le bilan carbone du bâtiment. Cette méthode avantage les matériaux dont le carbone est stocké tôt dans le cycle de vie — comme le bois. [3]
En pratique, pour un logement individuel d'environ 120 m² construit en ossature bois avec des isolants biosourcés, le stock de carbone biogénique intégré dans la structure et les matériaux peut représenter environ 25 tonnes de CO₂ équivalent. [3]
Les éléments de charpente — poutres, montants ossature bois, chevrons — constituent la masse principale de bois structurel stockant ce carbone. Les panneaux bois d'aménagement intérieur et les escaliers bois contribuent également à ce stock de carbone biogénique dans le bâtiment.
Le Label Bâtiment Biosourcé : un outil complémentaire
Le Label Bâtiment Biosourcé, révisé par l'arrêté de juillet 2024, s'aligne désormais sur la RE2020 en évaluant la quantité de carbone biogénique stocké dans les matériaux — et non plus la seule masse de matières biosourcées. L'indicateur retenu est exprimé en kg de carbone par m² de surface habitable, avec trois niveaux de performance. [6]
Ce label exige l'utilisation de matériaux biosourcés remplissant au minimum deux fonctions distinctes (structure, isolation, finition), le bois devant par ailleurs être issu de forêts gérées durablement (certification FSC ou PEFC).
Les limites à ne pas occulter
Le bilan carbone du bois en construction est favorable, mais plusieurs nuances s'imposent. Le stockage de carbone dans le bois n'est pas permanent : en fin de vie du bâtiment, si le bois est brûlé ou se dégrade, le carbone biogénique est restitué à l'atmosphère. L'avantage climatique dépend donc de la durée de vie des produits et de leur mode de fin de vie. C'est précisément pourquoi la cascade d'usages — réemploi en priorité, puis recyclage, puis valorisation énergétique — constitue la stratégie la plus vertueuse.
Par ailleurs, l'absorption de CO₂ par les forêts françaises a diminué de 38 % entre les périodes 2005-2013 et 2015-2023, sous l'effet conjugué du changement climatique et des crises sanitaires. [2] Ce n'est pas une raison de se détourner du bois en construction — au contraire — mais cela appelle un approvisionnement responsable en bois certifié issu de forêts gérées durablement.
Conclusion : le bois, un matériau climatiquement stratégique
Le bois est un matériau de construction qui joue un double rôle climatique : il stocke le carbone capté en forêt et il évite les émissions liées aux matériaux conventionnels qu'il remplace. Ces deux effets sont désormais reconnus et valorisés par la réglementation française, via la RE2020 et le Label Bâtiment Biosourcé.
Pour le secteur de la construction et pour les particuliers qui font le choix d'un escalier bois sur mesure, d'une structure en bois de charpente ou d'un aménagement intérieur en panneaux bois, chaque choix bois contribue à maintenir du carbone hors de l'atmosphère — à condition que le bois soit issu de forêts gérées durablement et mis en œuvre dans des produits durables.
Sources
[1] FCBA — G. Deroubaix et al., Cycles de vie des produits à base de bois et séquestration du carbone, FCBA, 2012. Teneur en carbone du bois sec : 500 kg de carbone par tonne, quelle que soit l'essence. cnpf.fr
[2] IGN — Inventaire forestier national, résultats 2025 (données 2020-2024), octobre 2025. Stock de carbone : 1 300 millions de tonnes ; absorption 39 MtCO₂/an (2015-2023) contre 63 MtCO₂/an (2005-2013) ; 82 t de carbone/ha. ign.fr
[3] Ministère de la Transition écologique — Guide RE2020, mai 2025. ACV dynamique, indicateur Stock C, valorisation du carbone biogénique dans l'Ic construction. rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr
[4] IGN / FCBA / ADEME — Projections des disponibilités en bois et des stocks et flux de carbone du secteur forestier français, 2024. Effet de substitution du bois aux matériaux conventionnels. ign.fr
[5] FCBA — Performances environnementales des bâtiments biosourcés (Hurel, Fillit, Deroubaix), FCBA Info 2018. Carbone biogénique et ACV des bâtiments biosourcés. fcba.fr
[6] Arrêté du 29 juillet 2024 modifiant l'arrêté du 19 décembre 2012 relatif au Label Bâtiment Biosourcé. Nouveaux critères basés sur le carbone biogénique stocké (kg C/m² SHAB). legifrance.gouv.fr
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